Chaque mois, le Café de la Presse nous propose de rencontrer une/des personne(s) pour une interview qui parle de tout sans rien prétendre. Ce mois-ci on rencontre Marie Jardillier. Productrice junior chez Les Productions du Trésor, elle endosse également le statut de réalisatrice dans le cadre du Nikon Film Festival avec son court-métrage JE SUIS CHOISIE dans lequel on trouve l’actrice Cécile Cassel. On a donc voulu en savoir plus sur la jeune productrice, sa vision du métier et ses choix.

Salut Marie, on attaque direct avec une question en lien avec le Festival Nikon. Si tu devais te décrire en 5 « Je Suis » ?

Pas évident. On va dire que je suis Joyeuse, Excessive, Généreuse, Fidèle et Caractérielle.

 Caractérielle ?

Oui, sincèrement je crois que mon associée a du courage de bosser avec moi. J’adore avoir raison et je lutte toujours jusqu’au bout pour ça!

Carrément, j’espère qu’on sera d’accord pendant l’interview alors! Je te propose qu’on reste dans le thème en parlant un peu de tes choix. Tu es aujourd’hui productrice junior chez Les Productions du Trésor. Quels choix as-tu bien pu faire pour en arriver là ?

Quand j’étais petite j’adorais le milieu du cinéma, de la musique, du théâtre, les stars et tout ce qui fait rêvé quand on est petite fille. Puis j’ai grandi et j’ai compris que mon talent de comédienne était plutôt limité et que je n’aurai pas les épaules pour faire un métier aussi compliqué. Donc je me suis tourné vers la communication et la pub mais pour être honnête : je me suis fait chier très vite ! Donc j’ai décidé de faire une école de production l’ISCPA et là… le cursus était en 3 ans j’ai fait 6 mois !

A ce que je vois tu t’es un peu cherché !

Je ne sais pas. Le programme de l’école était trop large et la dernière année se faisait en alternance ce que je trouve inutile pour un milieu tel que la production !

Du coup tu y es allée au culot ?

C’est ça ! Je prenais mes DVD et je me disais : « J’ai adoré ce film, je veux bosser dans cette production! ». Et c’est ce que j’ai fait pour mon premier stage aux Productions du Trésor. Je rêvais d’y bosser parce qu’ils avaient produit Ne le dis à Personne que j’avais énormément aimé. Mon CV a atterri sur le bureau du directeur de production qui bossait sur Polisse de Maïwenn et il cherchait une stagiaire. Comme sur mon CV il y avait « école de production » ça a penché en ma faveur. Dans la production, les gens détestent ceux qui viennent bosser « juste pour voir » et qui font de la production en rêvant secrètement d’être réalisateur ! Une partie de la production est très rébarbative et administrative donc si on a pas la passion pour, de toute façon on tient pas!

Tu as bossé sur Polisse du coup ? Ca t’a plu directement ou tu as bougé à nouveau ?

Non cette fois-ci je me suis dit que j’avais enfin trouvé un truc dans lequel j’étais bien. Je voyais des gens que j’avais adoré devant ma TV en train de faire les cons devant moi, je voyais une femme passionnée (Maïwenn) d’une technique et d’un professionnalisme incroyable. C’était le kiff de découvrir tout ça ! 

Tu savais que tu prenais part à un grand film ou pas à l’époque?

Non du tout. On ne savait pas du tout ce que cela allait donner.

Il y avait quand même énormément d’acteurs à succès, ce n’était pas un film sorti de nulle part !

Oui pour le coup ce n’était pas un petit film intime, mais le sujet était compliqué… Il n’y avait pas d’attentes particulières alors lorsqu’on a su que le film était en compétition à Cannes et que quelques semaines plus tard il recevait le prix du jury… C’était magique !

Et depuis ce film ?

Etant donné que j’avais fini mon stage et que j’avais fait des heures d’intermittente du spectacle en tant qu’assistante de production j’ai continué l’aventure avec les Productions du Trésor sur deux autres films : Radiostars de Romain Lévy et Populaire de Régis Roinsard, avec notamment Emma Javaut (rencontrée sur Polisse) avec laquelle j’ai fondé ma boite de production MAJA FILMS. Après j’ai bossé pour une boite qui s’appelle Zazi Films, je suis arrivé au moment où ils sortaient Comme des Frères d’Hugo Gélin donc je retrouvais Nicolas Duvauchelle et découvrais une nouvelle bande (Pierre Niney, François Xavier Demaison, Cécile Cassel, Igor Gotesman…). Je trouve que Les Productions du Trésor et Zazi Films se ressemblent sur un point : ils font confiance à l’humain. Au final c’est vraiment ça qui me plait dans la production. Ca réunit la technique, l’artistique, un peu de chiffres, d’administratif et beaucoup d’humain.

Donc ça t’a donné envie de devenir ta propre patronne et de monter ta boite de production?

Oui et non, avec Emma on a en trois ans produit 3 courts métrages et un clip pour HollySiz. Tout ca en parallèle de nos jobs respectifs car pour le moment on est obligé de cumuler, le court métrage ne rapportant pas vraiment d’argent. Mais ça ne nous empêche pas de lancer notre nouveau court-métrage auto-produit, intitulé Quelques Secondes et réalisé par Nora El Hourch. Emma et moi nous sommes bien battues pour pouvoir le produire ! C’est l’histoire de cinq nanas dans un centre de réinsertion parisien qui ont vécu toutes sortes de violences et qui essayent de s’en sortir. On a notamment tourné une scène au Café de La Presse qui ont été de grands partenaires. C’est un projet dont on est fière ! Mais en parallèle on est finalement de retour au bercail ! On est reparti auprès d’Alain Attal (Les Productions du Trésor) mais cette fois-ci en tant que productrices junior, en duo.

Et avec tout ça tu enfiles une nouvelle casquette avec le Nikon Film Festival… La réalisation !

Je me suis souvent dit qu’un jour je tournerai un truc, mais je ne savais pas quoi et je ne me qualifie pas du tout comme une auteure. Mais là j’aimais bien le format et le thème du Choix. Donc je voyais plus ça comme un bon exercice sans prétentions aucunes.

Le choix ! Justement pourquoi ce « Je suis choisie » ?

Lorsque je me suis décidé à faire le Festival je cherchais quelques trucs, je voyais des cheveux roses, de l’attente et surtout je voyais Cécile Cassel, qui est une amie et que j’avais très envie de filmer. Du coup je l’ai appelé et en un dimanche on s’est retrouvé dans un appartement avec une équipe de 5-6 pas plus. J’avais envie de romance, de surprise et d’attente ! Bon mon petit regret c’est que j’aurai vraiment aimé qu’il dure plus de deux minutes, pour qu’on sente un peu plus le choix que le personnage décide de faire. Mais c’était la règle du festival.

Justement, que penses tu du fonctionnement du Festival? Ce côté plus tu es vu plus tu as de la visibilité, ça te convient ?

Ca ne me dérange pas. Pour le coup les prix sont multiples (Public, jury, Canal +…). Par exemple la sélection pour le jury est faite parmi toutes celles qui sont présentes donc ca n’a rien à voir avec la visibilité que peut avoir le public ou bien la date à laquelle on a postulé ! Après c’est au public d’être curieux et d’aller fouiller le site.

Pour revenir à « Je suis choisie », dans la vie de tous les jours tu es comme ton personnage, indécise ?

J’ai une théorie : « les deux secondes de courage » ! Pour moi, dans la vie il faut juste deux secondes de courage pour faire les choses, une fois ces deux secondes passées tu ne peux plus reculer donc tu y fonces. Bien entendu je le conseille aux autres sans me l’appliquer ! (rires) Disons que pour ma part… tous les choix ne sont pas faciles à faire.

Ok! Alors je te mets face à un choix à faire:  si tu gagnais les 3000€ qu’en ferais-tu ?

J’avoue que je les mettrais de côté pour payer l’autre moitié du capital pour notre société. Les taxes, impôts … Et j’inviterais les techniciens et acteurs du court-métrage à manger, ou je leur achèterai une bonne bouteille. Mais pour le moment je ne pense pas à gagner! J’ai voulu le faire et je l’ai fait. C’est l’essentiel et ça c’est mon choix! T’as répété ? Non capitaine.

Alors, comme j’adore te laisser le choix je te laisse trouver la phrase de fin! Si tu avais un conseil à donner aux curieux de COCY ?  

Je leur dirais qu’il faut toujours garder espoir, que les producteurs ne sont pas tous des connards, que les gens ont de la bienveillance en eux et qu’on peut bosser avec envie et sincérité dans le cinéma !

Alors si on vous dit « Producteur de film », vous pensez toujours paillettes, show biz et hommes d’affaires ? Et bien désormais chez C.O.C.Y, on vous répondra passion et simplicité! 

Pour soutenir le court-métrage de Marie Jardillier  http://www.festivalnikon.fr/video/2014/331

Découvrez également le Clip d’Hollysiz réalisé par Benoit Pétré et produit par MAJA FILMS: